Explorer depuis un zone de confort…

Parlons méthode de travail.

J’ai souvent expérimenté le questionnement « quoi travailler ? », chez moi de temps en temps et aussi beaucoup chez mes élèves et/ou collègues . En tant que « prof » de batterie, on est souvent confronté à cette question. (Plutôt que « prof » je dirai en fait musicien, qui fait des concerts, et qui donne aussi des cours…un post là-dessus si j’en ai le courage bientôt).

Plus j’avance dans mon histoire de musicien, d’enseignant, d’éternel étudiant (mieux qu’élève, parce qu’on est l’élève de quelqu’un, tandis qu’on est étudiant tout court), plus je réalise que je découvre beaucoup de choses par moi-même, non pas que les quelques profs que j’ai eu étaient mauvais, ils étaient parfaits (en vrai, ils étaient parfaits*), mais disons que j’ai l’esprit qui aime éclaircir les choses, et les organiser pour pouvoir les appliquer clairement, d’abord sur moi, puis sur mes cobayes…heu, pardon, élèves… heu pardon, étudiants.

Donc, l’idée de ce post est de proposer une méthode simple pour, à partir d’une chose connue et maitrisée, inventer de nouvelles variations pour développer  sa maitrise de l’argument de départ. On peut appliquer cette méthode à tous les exercices que vous pouvez imaginer, je l’applique dès que je travaille sur quelque chose de nouveau. En revanche, il est PRIMORDIAL de chercher à appliquer cette méthode à partir d’une ZONE DE CONFORT, au risque de papillonner et de travailler tout un tas de choses sans rien approfondir. Personnellement je dois lutter avec moi même pour ne pas chercher trop de développements à des idées que je ne maitrise pas encore, mais je me connais, j’ai appris à travailler…. tard et tout seul, mais j’ai appris. Mon idée est d’essayer de faire gagner du temps à mes élèves, pas en leur montrant que je suis le plus fort et que je sais tout, mais en essayant de leur apprendre à apprendre par eux même. Tout ce qui fera qu’ils seront bon dans ce qu’ils feront, c’est tout ce qu’ils auront découvert par eux même, c’est ce qui leur donnera une voix, un son, une parole, et même des idées à énoncer. C’est pour cette raison qu’il n’y a qu’un seul Elvin Jones, un seul Steve Gadd, un seul Vinnie, un seul Dédé…. et un seul moi, et un seul toi.

Prenons LE sujet idéal pour démontrer ça : la technique.

Plus on avance, plus les paliers entre les marches sont longs… arrive un moment ou pour jouer ça plus vite :

il faut beaucouuuuuuuuup de temps. Donc à partir de cet exercice (je prend le tempo 100 bpm, parce que cela simplifie la compréhension, mais bien entendu, je vous encourage à faire toute la démarche à VOTRE tempo de confort).

Définition de la zone de confort : dans le cas présent, on va considérer que c’est le tempo auquel je suis vraiment « à l’aise », je sens bien que je « dribble » la baguette (c’est a dire que je l’envoie sur le pad, et que j’exploite au maximum sa tendance à remonter, je sens qu’il y a « de l’air », j’entend la baguette « résonner » (signe que je ne l’étouffe pas en serrant trop fort), je SENS une mécanique dans ma main faisant apparaitre un « pivot » (le « fulcrum » des amerloques) et que les doigts travaillent, avec une bonne répartition des forces entre le poignet et les doigts, je joue au milieu, j’ai les épaules bien relax et basses, les bras et les coudes symétriques l’un par rapport à l’autre… Bref, i’m flying ! et je pourrai tenir cet exercice pendant 2 jours si quelqu’un prenait la peine de me ravitailler, mais je m’égare.

A partir de cet exercice, il est clair (ou il sera clair après la lecture de ce post) qu’il y a au moins DEUX DIRECTIONS à explorer, avec plusieurs variations dans chacune des 2 directions. (je vous encourage à prendre un pad, une paire de baguettes, un métronome, réviser la règle de trois et de tester la suite, a votre tempo)

1. Première Exploration, la plus logique : la vitesse.

  • Première idée : Facile, on garde le même exercice et on accélère le tempo. Là, c’est simple, on note la date, le tempo, on notifie ses progrès, 1h tous les jours, on avance le tempo de 2 et 2, etc…

 

  • Deuxième idée : 

Aïe… Effectivement, ça va plus vite ET il y à plus de notes… Mais au fait, ça va plus vite… de combien ? hein ? Parce que passer de 4 notes par temps à 5 notes par temps, on a rajouté juste une note, on peut pas faire moins…

Alors, tenez vous bien : si on joue 5 notes au lieu de 4, ça veux dire qu’on applique un rapport de 5/4… et bien ça signifie (et le but ce n’est pas vraiment de comprendre les maths, mais de comprendre ce que cela signifie en terme de vitesse pour l’exercice) qu’il faut appliquer un taux de 5/4 au tempo pour obtenir le tempo qui correspondrait à 4 coups par temps, allant à la même vitesse (bon, je sais, c’est tiré par les cheveux, mais c’est intéressant, si si).

Donc, si je joue 

mes mains vont à la même vitesse que 100×5/4 = 125

(Des groupes de 5 doubles croches à 125bpm, je les ai organisés dans une mesure à 5/4 pour pas se compliquer, si si). Autrement dit, c’est encore plus « difficile » (en tout cas éloigné de ma zone de confort) que :

Donc ça veux dire que pour passer de 4 coups par temps à 100bpm, à 5 coups par temps à 100bpm,il faut être capable de jouer 4 coups par temps à 125bpm (et même pire puisque il faut jouer 5 coups).  Ça fait donc un sacré saut, ça veux dire que ça vaut peut être le coup de tenter 5 coups de chaque main, en quintolets, mais moins vite que le tempo de départ (ici 100 bpm)…Allons voir la deuxième exploration avant de faire une synthèse de tout ça.

2. Deuxième exploration : la durée

Ici, l’idée est de jouer à la même vitesse, mais plus longtemps :

Du coup, je peux baisser un peu le tempo, vu que je sors immédiatement de ma zone de confort, (ou alors si j’y arrive du premier coup sans plisser les yeux, ça veux dire que ma zone de confort est un peu plus large que ce que je croyais).

Si j’applique ce que j’ai raconté un peu plus haut,la vitesse des mains sera la même que :

on fait 5 coups au lieu de 4, si on veux les faire dans le même temps il faut cette fois si faire 100×4/5 = 80bpm

ça fait donc exactement la même chose que :

 

Donc si ma zone de confort, c’est 4 coups à 100, alors pour 5 coups je vais démarrer d’un tempo en dessous, par exemple 90, ou alors, plus exotique en appliquant la démonstration ci-dessus, des quintolets à ,disons, 76 bpm.

de la même manière :

c’est ça :

(oui, 100×2/3 = 66)…

 

En résumé :

Bon, j’ai bien conscience que cela peut paraitre assez abstrait pour certains, mais le but n’est pas de faire des règles de trois, le but est de comprendre qu’a partir de  

…on peut trouver tout un tas d’exercices pour sortir de sa zone de confort :

  • soit essayer de jouer le même exercice plus vite
  • soit rester au même tempo et jouer plus de coups

L’idée de la démonstration est qu’on peut trouver d’autres points de départ de travail, et ce sont ces points de départ qui permettent de ne pas se lasser :

  • jouer des quintolets à 76, 78, 80, 82…
  • jouer des groupes de 5, 6, 7, 8 doubles croches à 90, 92…
  • jouer 4 coups de chaque main en doubles croches à 100, 102…
  • jouer des sextolets à 66, 68…

L’idée de varier les débits permet de travailler en fait le même vitesse, mais sous un autre forme, de multiplier les pistes de travail, donc de ne pas s’arrêter à « j’y arrive pas au dessus de 100bpm ».

En travaillant de cette manière vous comprendrez aussi que vous avez plus de mal à jouer ça :

que ça :

ce qui ne s’explique par sur le plan technique (puisque les mains vont à la même vitesse) mais sur le plan du placement rythmique.

 

Autres explorations : le son

par exemple :

Que dire de ça :

 

De la même manière, on peut rajouter un ostinato de pieds OU orchestrer cet exercice sur la batterie…

Bon courage, et n’oubliez pas de regarder dans toutes les directions !

 

 

PS : Remarques générales sur le travail :

Dans tous les cas, on doit essayer de mélanger TOUS les exercices entre eux, je m’explique :

Métronome à 100, je vais essayer de mélanger mon exemple ci-dessus (4 coups de chaque mains) avec une série de mesures en frisés, en roulés, en moulins : jouer « librement » en doubles croches, avec un doigté improvisé, avec ou sans accents, et essayer de placer de temps en temps 1 ou 2 mesures de l’exercice. Je procède comme ça avec tout, je peux même pousser jusqu’a essayer de faire un groove avec cet exercices ou un break…